J’ai toujours été passionnée, habitée par un florilège de projets. On me disait que j’étais « intense », que je voulais encore et encore découvrir d’autres avenues, que je m’intéressais à tellement de sujets différents, que je posais des questions pour que ça fasse du sens, du genre « elle n’est pas reposante, cette fille! ». Je voulais tout faire, tout explorer, dès maintenant. Peu importe la réalité des autres responsabilités et engagements qui s’échafaudaient.
Par exemple, il y a quelques années, j’ai rédigé un blogue et amorcé l’écriture d’une histoire avec des personnages qui habitaient ma vie intérieure – partout et tout le temps. De nuit comme de jour. Toute saison confondue. Ils ont pris d’assaut mes nuits. Et je le vivais à fond la caisse, comme à chaque nouveau projet qui m’enflammait. Et qui s’empilait sur tous les autres en cours.
La course, toujours la course, l’essoufflement, l’étourdissement. Cette sensation que rien n’aboutit et pourtant on se couche le soir épuisée. Et on se questionne à savoir où est notre place.
Soudainement, la vie m’a amené vers un autre sentier que celui où j’étais profondément investie. Mon cœur s’est déboutonné et m’a tendu un autre appel, plus profond. Qui m’a obligé à m’arrêter pour entendre. Cet épisode d’arrêt forcé (entendre zéro énergie & traitements) m’a fait prendre conscience que mon désir profond était de contribuer à un monde meilleur, d’être en contact avec les gens qui sont prêts à reconnaître leur potentiel, qui désirent se réaliser et que puisque j’avais fait la route, je pouvais les accompagner pour faciliter cette traversée. Que, ensemble, nous irions vers une authenticité, vers plus de gratitude de l’instant même, vers une transformation radicale. Je me suis donc lancée dans cette aventure de coaching. Avec un bagage de doutes, les papillons au ventre, mais aussi avec la certitude que je voulais aller LÀ.
Mais qu’arrivera-t-il avec mes histoires et mes personnages? J’ai abdiqué devant le fait que je ne pouvais mener de front TOUS les projets passionnants en même temps. Mais que chacun peut colorer mon univers. Parce qu’aller partout ne mène nulle part sauf à l’épuisement, le stress, la fatigue ou une panne de santé.
En fait, on court après quoi au juste?
J’ai donc fait un pacte avec eux : je leur ferais une place à travers le grand OUI du choix prioritaire. Certains diront que c’est un trop grand deuil que de laisser tomber une passion. Je réponds que c’est de l’amour de soi que d’aller au bout d’une réalisation plutôt que de s’éparpiller et de ne rien mettre au monde.
Pourtant, je sais mettre au monde. Dans la chair concrète et réelle. Mais de zyeuter tous les projets en même temps, le cerveau chigne et se décoiffe, et le corps te dit chaque matin que ça ne fonctionne pas. C’est le Jour de la marmotte. Alors je préfère faire un choix que de perdre les possibilités illimitées d’être bien, de vivre en conscience, d’être branchée sur la voix de l’âme qui sait beaucoup mieux que moi le prochain pas à faire. Et je choisis d’être en mesure d’entendre cette vérité.
Le grand art du « oui » est de se créer une vie qui tient compte de notre intention tout en se gardant au volant de notre bolide. C’est mettre les talents & potentialités à notre service plutôt que d’être constamment débordée, éparpillée, stressée, sans savourer le délicieux goût de l’accomplissement, doucereux et juste assez sucré. Être grisée par la course à « quelque chose de plus, toujours plus », c’est risquer de foncer dans un mur. C’est perdre de vue tout ce qui est là, présentement, les pépites d’or de notre terrain de jeu.
C’est une histoire de PERSPECTIVE. C’est dire un « non » temporaire pour célébrer le grand « oui » de la réalisation.
Faire des choix, c’est être dans notre pouvoir, dans notre génie unique et sortir de la spirale des excuses douteuses.
Chouchouter notre potentiel créateur, c’est prendre le temps de ressentir ce qui nous appelle du fond du cœur, plus que tout. Et tous les satellites autour, les autres passions, il suffit de les capter à petites bouchées pour mieux servir notre raison d’être, à l’instant même. Et un jour, au bon moment et à la bonne place, les inspirations s’installeront à l’avant-scène, avec plus d’alignement, plus d’énergie, plus de maturité pour actualiser l’appel de sa vraie nature. C’est ça la richesse d’une vie en harmonie.
Pour ce qui est de mes personnages racontés en début de texte, ils m’attendent. On grandit ensemble. Ils s’installent dans mon carnet Claire Fontaine, sur des bouts de papiers colorés, cartonnés, de soie. Ils m’inspirent, parfois bien campés sur le canapé pour me raconter leur histoire. Et ils m’indiquent le prochain pas à faire pour être là où je dois être. C’est la fête, car je sais que ce projet arrivera à bon port, à ma manière.