Le petit zèbre qui ne voulait plus de rayures

Zaima, la zébrelle, se sentait bien seule ce matin-là. À travers les grands foins, une lassitude l’envahissait, sans qu’elle puisse l’expliquer et le partager. En fait, ça manquait de nouveautés, de découvertes, de nouveaux horizons, encore une fois.

Elle aimait explorer, partout, car elle savait qu’il y avait tant de choses à découvrir. Zaima rêvait de parcourir de nouveaux espaces, d’apprivoiser de nouvelles espèces. Elle détestait la routine, cette habituelle savane, ce soleil qui montait et descendait à chaque jour de la même manière. Elle semblait avoir fait le tour de son univers. 

Personne autour d’elle se questionnait : comment fonctionne cette rotation du jour et de la nuit? Ces étoiles, le soir venu, sont-elles brûlantes? La girafe avec son grand cou, a-t-elle le désir de toucher la voûte céleste? Pourquoi portait-elle cette robe de rayures si distincte? Cela la gênait, et l’empêchait même d’aller vers l’Autre. Est-ce que les immenses oreilles de l’éléphant lui permettaient d’entendre des sons différents ou provenant de très loin? Et avec sa trompe, ça lui arrivait de trébucher? Elle était fascinée par tant de choses, se sentait différente. 

Elle s’éloigna un peu, un peu plus loin, histoire de se retrouver, sans distraction. Il y avait un arbre, celui auprès duquel elle se sentait apaisée. C’était son lieu. Son lieu sacré. À chaque fois qu’elle était envahie par cette sensation de différence, elle se réconfortait avec lui. Et à chaque fois, on aurait dit que des réponses bienveillantes lui étaient chuchotées. 

Dans cet espace accompagné, sa perspective se modifia. Son souffle ralentit. La nature lui procurait tant d’amour. Elle se mit tout doucement à apprécier sa liberté, sa différence, les herbes fraîches et les plantes à sa disposition. Et qu’importait la trompe, le grand cou ou les zébrures? C’était de toute beauté cette différence. 

En portant son regard à l’intérieur, elle prit conscience de son unicité, son empreinte précieuse dans sa tribu, et de toutes les possibilités qui s’offraient à elle : prairies, savanes, forêts, collines côtières et montagnes. Plutôt que de se camoufler, il suffisait d’oser aller vers ce qu’elle désirait du fond du cœur. Chaque jour lui offrait l’occasion de célébrer ses zébrures, à travers les plateaux et les escarpements. Têtue et sauvage, cela lui conférait la particularité de mener les troupes, de créer sa vie dans cette nature. Ses bandes noires et blanches permettaient de mieux supporter la chaleur. Elle avait aussi le privilège que tous ses sens soient aiguisés. Et si, au fond, son costume lui donnait des supers pouvoirs? Pourquoi ne pas profiter de tout ça? 

Zaima se mit à apprécier de plus en plus qui elle était. Sa posture devint plus souple, faisant confiance à la vie. Elle prit sa place, à sa manière, dans sa tribu. Avec cette inédite perspective, chaque nouveau jour lui permettait d’explorer ce qui la captivait. Zaima commença à célébrer sa route. Ce qu’elle avait traversé avait fait d’elle quelqu’un de plus affranchi, d’inspirant. Et c’est alors que d’autres zèbres, ravis par son courage et son harmonie, souhaitaient partager son voyage.

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